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Expérience de Dieu - Revue N°50 - Novembre 2017

Accompagner jusqu'au bout les personnes "à la rue"

J’ai travaillé 20 ans avec les personnes “à la rue” avant de créer avec d’autres le Collectif Les Morts de la Rue en 2002. Quand je travaillais avec elles, c’était surtout pour des moments informels, dans la rue, pour des vacances que nous organisions, ou des ateliers artistiques. Des moments conviviaux. Mais nous faisions face à la réalité des décès de ces personnes que nous connaissions. Ils étaient jeunes, de mort souvent violente. Avec mes collègues, nous étions atteints, bousculés. Patrick Giros, prêtre de Paris m’a proposée en 2000 d’agir pour les morts de la rue. Suite à cette action à laquelle ont participé personnes sans abri, bénévoles et diverses associations, en 2002, le Collectif Les Morts de la rue a été créé, sous la forme d’une association indépendante, non confessionnelle. C’est une action de dénonciation de la mort prématurée, d’accompagnement des proches en deuil, et de dignité des funérailles. Ouvrir les yeux sur cette réalité nous imposait de le faire savoir. Cela m’a aussi donné de l’audace.
 
Prendre soin de l’humain
Si quelque chose de mon regard a changé depuis mon travail avec les personnes “à la rue”, c’est bien de ne plus chercher le visage de Dieu dans le visage des humains… Aujourd’hui, c’est même une expression qui me choque et me parait “blasphème”, même si je pouvais l’utiliser il y a longtemps. Il me semble que voir l’humain est essentiel. L’humain seul. Sans chercher une divinité en lui, ni surtout à travers lui. Voir cette personne et elle seule. Il me semblerait aujourd’hui trahir l’être humain en face de moi en cherchant autre chose que lui-même et sans doute trahir Dieu qui l’a créé unique. Vivre à la rue tue. Ce ne sont pas que des mots. Une réalité qui atteint et bouleverse. Des visages et des personnes. Réalité face à laquelle, il y a un besoin essentiel d’humanisation. J’ai du mal à parler de visages de Dieu ou de relation à Dieu, c’est ce contact à l’humain, qui m’humanise et me fait avancer. C’est en y plongeant que Dieu m’y rejoint.
Ce sont des personnes très différentes avec qui je travaille. Dans l’association, nous sommes d’âge, de religions, d’origines, de formations très diverses. Et ça ne me parait pas si étonnant que les morts de la rue fassent rencontrer des personnes si différentes… il suffit d’être humain et vivant… et nul n’a rien à prouver. Nous travaillons aussi au quotidien avec policiers, fossoyeurs, fonctionnaires d’état-civil, travailleurs sociaux. Mon regard a changé sur eux. J’ai des préjugés et ils sont en partie tombés, comme sans doute eux aussi ont eu des préjugés tombés, sur le travail de l’association. Nous apprenons à nous connaître et à travailler ensemble pour la dignité. Et donc pour l’humanisation. On se réjouit quand par notre investissement commun une personne est identifiée, une famille retrouvée, une dignité affirmée.
Nous faisons aussi connaissance avec les familles endeuillées. Je suis souvent bouleversée par les histoires chaotiques, les essais ratés de retisser des liens, les failles, mais de l’amour aussi, et quelque chose qui peut se réparer parfois autour de la mort. Notamment en retissant le lien avec ceux qui ont connu leur parent d’autre manière.
Parfois, je suis fatiguée. J’ai l’impression que je n’aurai plus l’énergie à 5 ans de la retraite et que je n’y arriverai jamais. Puis un petit rien réveille le sens, l’énergie intérieure : le sourire d’une jeune femme choisissant des campanules sauvages à déposer sur une tombe, la confiance reprise par une volontaire sur son avenir, la présence au Conseil d’administration d’une personne ayant vécu à la rue, la confiance d’une famille qui parle de son histoire, le fou-rire avec une collègue… Le témoignage que je peux donner c’est que plonger au cœur de l’humain cela permet à Dieu de m’y rejoindre. Mais qu’il n’y a pas besoin de le nommer pour que ce soit vrai.
 
                                                                                                                     Cécile Rocca
Le Collectif Les Morts de la Rue a été créé en 2002
Ses objectifs :
  • faire savoir que vivre à la rue mène à mourir prématurément, et dénoncer les causes de mortalité,
  • veiller à des funérailles dignes de la personne humaine
  • soutenir les proches en deuil de quelqu’un qui vit à la rue.
Il se décline dans différentes actions, au niveau national pour certaines, locales pour d’autres.
Hommages annuels collectif (annoncé notamment par La Croix chaque année)
Etude épidémiologique « Dénombrer et Décrire » la mortalité des personnes « SDF »
Accompagnement des morts isolés en convention avec la Ville de Paris
Accompagnement des proches en deuil.
150 bénévoles, 2 volontaires en service civique, 1 autoentrepreneur, 2 salariés le composent. Nous sommes heureux quand ceux qui ont connu la vie de la rue s’engagent à nos côtés.
 

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