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A l’écoute des jeunes



Le pré-synode des jeunes qui s’est tenu du 19 au 24 mars à Rome au Collège Pontifical Maria Mater Ecclesiae a été une rencontre toute particulière, un temps de préparation du synode qui aura lieu au mois d’octobre sur « Les jeunes, la foi et le discernement des vocations. »
 
C’est une première dans l’histoire de l’Eglise ! Le Pape et les différents représentants de l’Eglise avaient le souci d’entendre la voix des jeunes, de devoir les laisser s’exprimer sur différents sujets.
 
300 jeunes du monde entier ont alors été convoqués pour une rencontre précédant le synode. Ces jeunes représentaient tous les continents et différents milieux. La plupart d’entre nous étions catholiques, mais des jeunes représentants d’autres confessions (orthodoxes, protestants), d’autres religions (islam, bouddhisme, sikhisme) ou encore des non-croyants, ont également été invités. Certains jeunes représentaient aussi leurs lieux d’engagement : domaine social, militaire, de la santé…  
 
15 000 autres jeunes ont également participé à la rencontre via les réseaux sociaux (Facebook, Instagram) ; en postant leurs commentaires, participant ainsi activement aux échanges et travaux de groupes de la semaine. Cette participation sur Internet a vraiment bien fonctionné. Les contributions ont été appréciées et largement reprises par la suite.
 
Ce temps de rencontre a été pour chacun d’entre nous, un temps de ressourcement et de grande fraternité. Nous étions pour la plupart fiers et heureux de représenter nos pays, nos communautés, d’avoir été tout spécialement convoqués à cette rencontre.
Certains venaient seuls de leurs pays, souvent de très loin ! Nous étions un bon groupe de français, à la fois représentants de la Conférence des évêques de France et de différentes communautés ou Universités catholiques.
Parmi nous, il y avait un jeune étudiant non-baptisé de Paris qui a été sélectionné pour poser une question au Pape directement :
« Très Saint-Père, Je m’appelle Maxime, je suis étudiant en Droit à Paris. Je n’ai pas été baptisé et je ne suis pas catholique. Aujourd’hui, comme des milliers de jeunes, croyants ou non, je dois faire des choix, notamment autour de mon orientation professionnelle. (…) Je voudrais trouver mes fondations afin de mieux me connaitre, de savoir qui je suis, dans ce monde et par rapport à Dieu.»
 
Nous avons donc débuté cette rencontre tous ensemble par une ouverture solennelle en présence du pape François. Aux côtés du Cardinal Baldisseri, Secrétaire-Général du synode, son intervention a duré toute une matinée.
Il nous a exhorté à nous exprimer, à oser parler sans fard, à nous donner avec courage. Nous étions touchés par sa présence au milieu de nous, sa proximité. Beaucoup d’entre nous ont pu prendre des selfies avec lui, lui serrer la main. Nous étions vraiment honorés par sa présence.
 
« Je vous pose la question, à chacun de vous: "Que cherches-tu? Toi, que cherches-tu dans ta vie?". Dis-le, cela nous fera du bien de l’entendre. Dis-le. Nous avons besoin d’entendre votre chemin dans la vie. Que cherches-tu? Je vous invite à partager la recherche de votre vie avec Lui, à marcher ensemble. Et nous, nous désirons faire la même chose parce que nous ne pouvons que partager avec enthousiasme la recherche de la vraie joie de chacun; et nous ne pouvons pas garder pour nous seuls celui qui a changé notre vie: Jésus. Vos contemporains et vos amis, même sans le savoir, attendent eux aussi un appel de salut. »
 
En parlant de l’Eglise veillissante, il a affirmé :
«Nous avons besoin de vous les jeunes, pierres vives d’une Eglise au visage jeune, mais non maquillé (…) et vous nous poussez à sortir de la logique du "on a toujours fait comme ça" ».
 
Je peux dire que nous étions tous vraiment marqués par cet événement. Nous avons vécu un grand moment qui a dynamisé notre foi, avec une certaine ambiance de mini-JMJ. De nombreux jeunes avaient leur drapeau en main pendant la rencontre, marquant la présence de tous les continents et d’une diversité impressionnante.
Cet événement nous a rendu attentifs aux questions d’aujourd’hui, nous a donné l’espace pour réfléchir ensemble et arriver à être conscients de notre devoir de donner le meilleur de nous-mêmes. Nous avons pris au sérieux le travail qui nous a été demandé.
 
Les responsables ont eu à cœur de nous faire passer aussi un bon moment ensemble. La semaine a été rythmée par de nombreux échanges mais aussi un chemin de croix dans l’église de Saint-Jean de Latran ou encore une visite de Castel Gandolfo, avec plusieurs fêtes que nous avons particulièrement appréciées. 
 
Nous avons aussi eu des temps d’enseignements, de prière, de travail et avons remis un document final au Pape à la fin de notre rencontre. Dans ce document nous avons rassemblés les différentes synthèses des groupes de travail de la semaine.
 
Nous avions reçu des séries de questions auxquelles nous devions répondre chaque jour, sur des thèmes différents. Par exemple : « De quoi rêvent les jeunes pour leur vie et pour la société dans laquelle ils vivent et de quelle manière sont-ils en train de s’engager pour concrétiser ces aspirations qui sont les leurs ? » ou encore « De quelle manière la personne de Jésus, telle qu’elle est racontée dans les Saintes Écritures, est perçue par les jeunes du troisième millénaire ? »
 
Les questions de société, migrations, technologies, réseaux sociaux, image de l’Eglise, accompagnement spirituel, discernement de vocations ont été longuement abordées par les différents groupes.
Un comité de rédaction a par la suite été créé durant la semaine pour finaliser le document en anglais qui a été rendu au Pape lors de la messe des Rameaux qui a clôturé la rencontre.
 
Extrait du document : "Les jeunes rêvent de sécurité, de stabilité et d’épanouissement, ils espèrent une vie meilleure pour leurs familles. Dans beaucoup d’endroits du monde, cela correspond à une recherche de sécurité physique ; pour d’autres à la quête d’un travail ou d’un style de vie particulier. Le désir de se sentir appartenir à une communauté est une aspiration commune aux jeunes de tous les continents. Nous attendons beaucoup d’une société cohérente qui nous ferait confiance. Nous cherchons à être écoutés, à ne pas être de simples spectateurs de la société mais des membres actifs. Nous voulons une Église qui nous aide à trouver notre vocation, dans tous les sens du terme."
 
Ce texte que nous avons écrit a servi à l’élaboration de l’Instrumentum laboris ou le document de travail complet du synode.
 
J’ai été surprise de voir la manière dont les jeunes se sont donnés pendant cette semaine pour pouvoir répondre au mieux aux questions, en collant le plus à la réalité. Le fait de venir de différents continents nous a également permis d’avoir une vision très large avec des problématiques différentes selon les pays ou situations. C’était très riche de pouvoir être ensemble. Certains ont très peu dormi pendant la semaine, finissant les synthèses tard le soir ou très tôt le matin. Mais la joie l’emportait chaque jour lors des assemblées plénières lorsque l’on restituait le travail effectué la veille.
 
En travaillant sur différents sujets, différentes questions, nous nous sommes aussi confrontés aux problèmes de notre génération. Les limites et dangers de ce que nous vivons aujourd’hui, nos besoins, nos soifs. Des sujets aussi délicats ; nos peurs, craintes face à la prise de décision, à notre vision du futur, aux manques de repères, à l’isolement, à la médiocrité… en dénonçant les méfaits des nouvelles technologies, des familles explosées, des guerres, des problèmes migratoire, injustices sociales ou autres.
Extrait du document : "Cependant, l’ambiguïté de la technologie devient évidente quand cela mène au développement de certains vices. Ce danger se manifeste à travers certains comportements comme l’isolement, la paresse, la désolation et l’ennui. Il est évident que les jeunes du monde entier deviennent de plus en plus dépendants et consomment de manière obsessive les produits médiatiques."
Nous avons abordés aussi les thèmes de l’accompagnement spirituel, du terme de vocation, les questions d’affectivité, d’évangélisation, de l’image de l’Eglise ; tout en réalisant que nous avons besoin de nos aînés pour nous aider à grandir, à discerner, à avancer.
 
Le Pape nous a également magnifiquement interpellé lors de l’homélie de la messe des Rameaux en disant : « Chers jeunes, c’est à vous qu’appartient la décision de crier, c’est à vous de ne pas rester silencieux. Si les autres se taisent, si nous, les aînés et les responsables, sommes silencieux, si le monde se tait et perd la joie, je vous le demande : vous, est-ce que vous crierez ? »
 
Nous sentons aussi une interpellation à nous donner, à avoir confiance en nous, en notre génération, à prendre des responsabilités sans peurs, craintes, à oser crier notre souffrance, nos manquements, à prendre notre place dans la société, dans ce monde. Nous avons aussi à cœur d’être des témoins de notre foi, de nos engagements dans les pays où nous vivons.
 
Après cette messe finale, nous sommes repartis dans nos pays respectifs, mais l’aventure continue. L’Instrumentum Laboris a été validé ces jours-ci complété par d’autres travaux élaborés et nous sommes encore en chemin vers le Synode qui aura lieu au mois d’octobre prochain durant trois semaines. Les évêques vont alors avoir un rôle important de porte-parole des jeunes et de guides responsables.
 
Les jeunes du pré-synode ont eu la responsabilité particulière de transmettre le texte écrit aux évêques de leur pays, faisant passer le message, pour avancer ensemble.
 
La question intergénérationnelle a aussi été une question importante. Nous, les jeunes reconnaissons que nous avons besoin de l’expérience, de la sagesse des plus anciens et que les aînés apprécient le courage, la force et la vitalité des jeunes.
Nous avons conclu notre document par ce paragraphe : « Nous sommes ravis d’avoir été pris au sérieux par les responsables hiérarchiques de l’Eglise et nous pressentons que ce dialogue entre les jeunes et les plus âgés dans l’Eglise est vital, et que cela va porter du fruit. Ce serait dommage que ce dialogue ne puisse pas continuer et grandir ! Cette culture d’ouverture est extrêmement saine pour nous. Au début de cette rencontre du Pré-Synode et dans l’esprit de ce dialogue, le Pape François nous a partagé ce verset biblique : "Après cela, je déverserai mon Esprit sur tout être humain ; vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des rêves, et vos jeunes gens des visions. " Joël 3, 1. »
 
Je sens personnellement que cette rencontre a changé mon regard sur l’Eglise et m’a donné aussi de pouvoir gagner en ouverture. Le fait que des jeunes d’autres religions soient présents m’a touché. C’était la première fois que je rencontrais par exemple un jeune sikh, responsable de jeunes au Pendjab en Inde. Cela m’a invité aussi à réaliser l’importance de parler plusieurs langues pour pouvoir être en contact avec des jeunes de pays lointains. J’étais également co-responsable d’un groupe de travail francophone pendant la semaine. Nous étions une dizaine avec seulement deux français ! Les autres venaient de différents pays d’Afrique, du Liban, de l’île-Maurice, du Luxembourg.
 
Je sens aussi aujourd’hui un devoir pour moi de prier pour l’Eglise, pour les réformes entreprises, le besoin de laisser la place aux jeunes et de prier également pour la jeunesse d’aujourd’hui. Cette jeunesse qui peut souffrir de différents maux, de certaines difficultés et qui a en même temps soif de se donner, de rêver.
Les jeunes du Moyen-Orient pendant la rencontre nous ont partagé leurs difficultés face aux guerres, conflits dans leurs régions ; les jeunes de pays d’Afrique sont également marqués par les questions migratoires, de justice sociale et partage de richesses.
 
Nous sentons et comme nous l’avons écrit dans le document que : « Les jeunes qui vivent dans des régions instables et vulnérables attendent et espèrent des actions concrètes de la part des gouvernements et de la société : la fin de la guerre et de la corruption, faire face au changement climatique, aux inégalités sociales et à l’insécurité. Il est important de noter que, quel que soit le contexte, tous les jeunes partagent les mêmes idéaux : la paix, l’amour, la confiance, l’équité, la liberté et la justice. »

Mathilde
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