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Témoignages - Revue N°23 - Mai 2013

A l'écoute

Ariel tient régulièrement une permanence d'écoute dans une paroisse parisienne. A travers l'accompagnement, elle perçoit l'homme contemporain taraudé par sa conscience, en quête de repères, définissant aléatoirement les frontières du bien et du mal, souvent tenté de s'ancrer dans la victimisation, dans une société qui tend vers la déshumanisation de l'individu. Seul un retour à sa vie intérieure peut le sauver et le faire consentir au réel de façon ajustée.

javascript:void(0)« Il n’écrasera pas le roseau froissé. Il n’éteindra pas la mèche qui faiblit » Mt 12, 16.
 
A Paris, la paroisse St Leu - St Gilles organise depuis plusieurs années, une permanence d’écoute sans rendez-vous, le samedi après-midi. Peu de demandes de suivi a posteriori. L’essentiel va donc être abordé en un temps limité : solitude, évènements douloureux, désespoir. L’enjeu pour l’accompagnateur va être de discerner l’attente véritable qui n’apparaitra pas forcément d’emblée. Pas de méthode prédéfinie : simplement une écoute intérieure pour s’ajuster à l’entretien par une question, une reformulation, un silence. Ainsi, une interrogation sur son âge a permis à une femme de confier qu’elle fêtait justement son anniversaire ce jour-là, mais dans un soupir, elle ajouta que son père n’avait pas accueilli sa naissance ... Elle était entrée en disant qu’elle ne parvenait pas à louer Dieu et ne comprenait pas pourquoi.

Une once de légèreté peut raviver celui qui arrive, exténué par l’existence. Souffler sur les braises en pointant les évènements, les actes, les désirs (si importants les désirs !) qui seront le levier d’une résurrection possible. Faire émerger les talents cachés. Révéler son cœur d’enfant à celui qui est si convaincu d’avoir à jamais perdu son innocence. En un mot, aider la personne à discerner en elle la présence agissante de Dieu.
           
A la lumière de ces entretiens, il apparaît que malgré l’air ambiant, le cœur de l’homme soit plus que jamais taraudé par sa conscience. Sartre lui-même n’a t-il pas écrit en guise d’épitaphe sur Camus que « Par l’opiniâtreté de ses refus, il réaffirmait au cœur de notre époque, contre les machiavéliens, contre le veau d’or du réalisme, l’existence du fait moral » ?
 
Nos contemporains sont à la recherche d’un sens
[1] à leur vie. Viktor Frankl, auteur du « Dieu inconscient » reconnaissait la responsabilité, la liberté et la volonté de sens comme les motivations premières de la personne. Quelques soient les circonstances blessantes de la vie,  l’homme est responsable de ce qu’il en fait. Va-t-il s’enfermer dans la peur, l’angoisse, la culpabilité, la honte, ou rebondir en prenant conscience de ses propres ressources, ce que Cyrulnik nomme la faculté de résilience ?

S’ancrer dans la victimisation, voire dans un sentiment de toute-puissance, « très tendance » aujourd’hui, c’est prendre le risque de bloquer toute remise en question personnelle et même de conduire à des comportements pathologiques de type narcissique où le moi est l’étalon sur l’échelle des valeurs : « Est bon ce que j’estime bon et mal ce que j’estime mal ».

Plus grave encore est ce mal extrême, dénoncé par la philosophe Hannah Arendt dans son ouvrage Eichmann à Jérusalem-la banalité du mal, de l’abdication de sa faculté de penser au profit de l’obéissance servile à une autorité. La deshumanisation par excellence. Tentation toujours actuelle, à tous les niveaux de la société.
 
Acquérir et entretenir une vie intérieure est le challenge de l’homme moderne. Tout le pousse à l’éclatement de sa personnalité. Seuls la connaissance de soi, le consentement au réel joint à la redécouverte du bon sens, peuvent le conduire à renoncer aux illusions sur lui-même et lui permettre d’éclore. L’important n’est pas ce que nous avons été mais ce que nous sommes. A cette fin, le temps n’est pas un ennemi mais un allié.

Ariel
 
 

[1] dans la double acception du terme : signification et orientation.
 
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