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A LA PETITE CUILLER

A  LA  PETITE CUILLER

 
« On a distribué des petites cuillers, le jour de la multiplication des pains », lance tout à coup G.
Jusqu’à cet instant, depuis une heure, j’en veux à mes amis Paul et Jeanne pour ce déjeuner où G. a été convié lui aussi. G, comme Génie de la famille, leur cousin surdiplômé. Un brio insoutenable. Il sait tout sur tout, il le prouve pendant des heures, avec un sérieux, une compétence, un art du détail… Epuisant. Le pire est que c’est toujours intelligent,   implacablement. Jeanne avait voulu me rassurer : « Ce n’est pas le roi du coussin péteur, mais je te promets une voix de basse profonde, avec un rien d’humour british... ». Là, je demande encore à voir. Boris Godounov n’entonne toujours pas Yellow submarine, c’est le moins qu’on puisse dire.
Alors, ces cuillers, il les tire d’un Woody Allen ? Ou du surréalisme écossais ? Sur le moment, je me dis qu’on va peut-être (enfin !) se détendre. Paul a son bon sourire. Il doit bien connaître son G. Après tout, pour l’avoir fait parrain de leur petit Samuel…
 
La clé de l’énigme, c’est justement Samuel. Il a surgi de la cuisine, les mains hérissées d’argenterie, Wolverine pacifique. De sa voix d’Xman-stentor de trois ans (et demi, s’il vous plaît), il annonce, triomphant :
  • Les cu-yèèères !
Flashback. Quelques minutes auparavant, Jeanne avait embauché son fils : « Viens, mon chéri, tu vas m’aider pour la glace. » Sans se faire prier - veinard, qui échappait au solo du parrain -  il avait suivi sa mère. Voilà qu’il revient, pas peu fier, tandis que Jeanne se risque : « C’est un message de Radio Londres en mai 44 ? »
              - Mieux, amie. Dis-nous tout. Quand tu as réquisitionné Samuel, avais-tu réellement besoin de ses services ?
             - Non, mais j’ai pensé qu’il serait content de se rendre utile …
              - Et lorsque Jésus a nourri la foule, penses-tu que, pour réaliser un miracle, il avait vraiment besoin des cinq pains et des deux poissons qu’un gamin était prêt à partager ?  Est-ce qu’il n’aurait pas pu faire jaillir la nourriture à partir de rien ? Si, bien sûr. Mais, comme toi, Dieu choisit d’avoir besoin des hommes et de leur petite disponibilité.
             - C’est sans doute ça, l’amour… dit Jeanne.
Samuel est venu se blottir contre sa mère, la bouche toute vanille-fraise. G. les regarde et se tait un instant.
Oui, il se tait.
Moi, c’est lui que je regarde, vaguement ému. Continuer à ne voir en lui que l’impeccable mécanique de savoir et de précision ? Ça va être difficile. Sur la belle surface étincelante et lisse, avec une petite cuiller, le Dieu de la vie vient de tracer une légère éraflure.
 
Philippe Robert s.j..
 
 
 
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