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Repères ignatiens / Repères ecclésiaux - Revue N°63 - Janvier 2020

"Réparer" la relation homme / femme

Dans la période de crise que traverse l’Église pointe l’urgence de refonder la justesse de la relation homme / femme. Anne-Marie Pelletier, théologienne, propose une réflexion très stimulante en s’attaquant aux racines du déséquilibre. L’enjeu est celui du courage de la vérité, de l’identité de l’humanité et de sa relation à Dieu.


Quel appel de l’Esprit discerner dans le contexte ecclésial d’aujourd’hui ?
Si nous entendons l’exhortation de la Première lettre de Jean adressée à ceux qui prétendent appartenir au Christ, ce qui est requis aujourd’hui est bien de « faire la vérité ». Nous sommes dans un monde où circulent de multiples contrefaçons ou négations de la vérité. Être chrétien dans ce contexte, ne serait-ce pas justement de maintenir courageusement le souci de la vérité ? Non pas seulement en jaugeant les autres et notre temps, mais en nous laissant évaluer dans notre fidélité et nos infidélités à l’Évangile. Ainsi l’Église fait-elle aujourd’hui l’expérience  éprouvante d’actes criminels qui ont été commis en son sein. Il nous faut évidemment avoir le courage de la vérité sur ces réalités. De même, devons nous reconnaître et nommer les faiblesses dont souffrent nos communautés. C’est bien dans cette logique que j’ai voulu récemment remettre sur le  métier des propos antérieurement tenus sur les femmes et l’Église. Je crois urgent de faire aujourd’hui un bilan des cinq décennies passées, depuis que « la question des femmes » s’est imposée à la conscience du magistère. Sans parti pris d’hostilité systématique, il s’agit de pointer les piétinements, les résistances, certains reculs qui s’observent présentement sur cette question. Donc de faire la vérité sur notre difficulté à mettre en oeuvre dans la vie de l’Église des pratiques et des structures de gouvernement qui honorent également la vie chrétienne vécue au masculin et au féminin.

Quel est l’enjeu d’une relation homme / femme juste et équilibrée ?
L’enjeu est d’abord anthropologique et sociétal. Nous constatons que des sociétés qui se mettent à mieux respecter les femmes, qui leur permettent l’accès à l’éducation et aux droits civiques élémentaires, se portent globalement mieux. La promotion des femmes, c’est la promotion de tous. En ce sens, je garde confiance en la capacité des femmes à influer dans l’avenir sur le style de vie et de relations dans des cultures qui vivent encore massivement sous le régime de préjugés qui les minorisent. Non que la partie soit gagnée d’avance, puisque nous savons que simultanément des idéologies de la force virile, de la violence triomphante, trouvent à s’imposer dans la vie politique de nombre d’États. Pourtant, un mouvement  irrésistible s’est mis en marche. De surcroît, qui fréquente les Écritures bibliques sait, ou devrait savoir, que la relation entre hommes et femmes qualifie en son centre l’identité de l’humanité. C’est d’ailleurs une métaphore nuptiale qui est sollicitée par la révélation biblique pour dire Dieu et sa relation à Israël. À partir de quoi le Nouveau Testament proclame par la bouche de Paul que, « dans le Christ, il n’y a plus ni homme ni femme » (Galates 3,28). à entendre comme l’affirmation que tout ce qui existe entre eux de rivalité, de domination et d’hostilité dont nous savons qu’elle peut être homicide, tout cela doit pouvoir être surmonté dans le Christ. Ainsi la nouveauté des temps que proclame  ’Évangile est éminemment concernée par cette réalité.


▲ « Si "l'exemple de Jésus redevenait le guide sûr du vivre aujourd'hui l'évangile (…)", c'est tout le corps ecclésial qui serait transformé » : Jésus voit le geste de la veuve déposant son obole au Temple (Mosaïque ancienne).

Comment réparer la relation homme / femme dans l’église ? Et de quelles ressources dispose l’église pour cela ?
Ici comme ailleurs, nous avons pour point d’appui et pour ressource les écritures et singulièrement l’Évangile. L’avènement dans l’exégèse contemporaine d’une attention au féminin, suscitée par les combats du féminisme, nous aujourd’hui sur tout ce qu’enseigne l’Écriture en la matière. Elle le fait en exhibant les vicissitudes de la relation entre les sexes, mais plus encore en manifestant la centralité de cette relation dans la connaissance que nous pouvons avoir de Dieu et de nous-mêmes. Ainsi la qualité d’« image de Dieu », qui spécifie l’humanité en sa source, est directement reliée à l’articulation en elle du masculin et du féminin. Ensuite de quoi le récit évangélique donne à voir ce qui advient de cette relation quand Jésus s’y engage, au fil des rencontres qui jalonnent son ministère public. En lui, la recréation qu’apporte le salut professé par la foi vient toucher directement cette réalité du quotidien. C’est ainsi qu’il accueille les paroles et les demandes de celles qui le sollicitent pour elles ou leurs proches, avec un naturel libre des préjugés et des méfiances qui règlent les comportements dans un monde misogyne. En droiture de regard et de coeur, il ne se dérobe pas aux gestes qui osent l’honorer dans sa chair. Ou encore, il voit ce que nul ne voit : la grandeur de fidélité à Dieu cachée dans le geste d’une pauvresse, qui dépose ce qu’elle a pour vivre dans le Trésor du Temple1.

Par quoi commencer pour réformer l’équilibre de la relation entre les sexes dans l’église ? Faut-il repenser la place de la femme dans l’Institution ?
Je penserais volontiers que la première nécessité concerne notre ecclésiologie. Il nous faut absolument retrouver l’unité de la vie chrétienne comme vie baptismale partagée par tous et toutes. Et cela en deçà des partages et hiérarchies qui se sont progressivement instaurés, et dont les femmes sont les premières à faire les frais. Cette urgence ne concerne pas simplement les théologiens en charge du discours ecclésiologique.  ette réalité de l’identité baptismale partagée doit devenir sensible à tous. Elle doit donc être enseignée au plus près du «terrain», autrement dit  être l’objet de la prédication commune.

En conséquence de quoi, s’il est vrai que tous ont part à la plénitude de vie filiale à laquelle introduit le baptême, alors les femmes – sans accès au sacerdoce ministériel dans notre régime présent – sont concernées par le même appel, la même responsabilité que les hommes qui, dans l’institution ecclésiale, concentrent aujourd’hui l’autorité et le prestige, à travers l’exercice du ministère presbytéral. Dire cela n’amoindrit pas le sacerdoce presbytéral dans sa spécificité. Cela permet de le situer correctement. Tout comme cela permet de reconnaître et d’honorer comme de véritables ministères les innombrables services qui sont assumés aujourd’hui par les femmes dans la vie de l’Église. De quoi renouveler en  rofondeur le visage de celle ci  et les relations qui s’y vivent au quotidien.
Anne-Marie Pelletier
Agrégée de Lettres modernes et Docteur en sciences des religions. Lauréate du prix Ratzinger en 2014.
Auteur de L’église, des femmes avec des hommes, Cerf, septembre 2019.


1. Enzo Bianchi relit en ce sens les Évangiles dans un récent et précieux livre sur Jésus et les femmes, affirmant que si (Bayard, 2018) «l’exemple de Jésus redevenait le guide sûr du vivre aujourd’hui l’Évangile, et si, hommes et femmes, nous apprenions à marcher ensemble dans la diversité réconciliée », c’est tout le corps ecclésial qui serait transformé.
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