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Air du temps - Revue N°64 - Mars 2020

"Maire de tous"

Dans quelques jours, les Français seront appelés à voter pour les maires et les élus municipaux. Agnès Le Brun, maire de Morlaix (Divers droite), vice présidente et porte-parole de l’Association des maires de France, nous interpelle sur ce « sacerdoce républicain ».




Quelle motivation peut encore pousser à briguer un mandat électoral local et à solliciter le suffrage de ses concitoyens ? L’interrogation est récente et ne faisait pas débat il y a peu. Il était évidemment difficile à envisager par exemple que puissent exister des communes sans candidat. Chacun dans sa propre commune se disait volontiers de temps à autre à propos de son maire : « Je ne voudrais pas être à sa place », le formulait même auprès de l’édile pour témoigner d’une forme de gratitude pudique à l’égard de celui ou celle qui prenait la responsabilité, y compris pénale, de la gestion de la commune, mais la reconnaissance même distante et le respect de la fonction perduraient.


Les poumons de la démocratie
Les temps ont changé. L’individualisme a pris des proportions difficiles à contenir, le nouveau citoyen est bien souvent un citoyen consommateur qui ne voit dans la collectivité qu’un prestataire de services, l’édifice démocratique a été ébranlé par les mouvements sociaux spontanés et les maires, aux avant-postes, ont pu observer dans le détail que le mandat qui leur avait été démocratiquement confié était de plus en plus contesté et difficile a  exercer. Faits nouveaux : de nombreuses agressions se sont déroulées et ont fini d’instiller un doute profond : cela vaut-il la peine ? Autant de temps, d’énergie, de sacrifices personnels, de contraintes réglementaires et d’aberrations administratives subies pour finalement n’être ni reconnu, ni respecté, voire pire. Et pourtant beaucoup se lancent ou se relancent dans l’aventure. Mais pourquoi donc ? Sans doute convient-il d’écarter d’emblée ceux qui se projettent en voyant dans le mandat municipal un outil de manigances, vénales ou pas. Non qu’ils n’existent pas, bien sûr, mais si la lumière se jette crûment sur leurs destinées plus ou moins hasardeuses, elle oublie l’immense majorité des hommes et des femmes dont les médias ne parlent que très rarement. Ces hommes et ces femmes, qui tiennent la maison France parce qu’ils sont les premiers maillons de sa cohésion et sont au jour le jour les poumons de la démocratie, s’engagent d’abord au service des autres. Par les politiques sectorielles – sociales, culturelles, urbanistiques… – qu’ils imaginent et mettent en œuvre, ils répondent aux besoins de la population mais pas seulement dans une perspective utilitariste. Ils anticipent en déployant une vision de territoire et arbitrent pour préserver l’intérêt général et trouver un équilibre entre ce que veulent les uns et ce que désirent les autres.



Servir la population
Le maire est celui qui, sur un chemin de crête, se doit de faire la synthèse, et non l’addition, des intérêts particuliers. Il est donc parfois dans cette situation paradoxale de servir la population tout en disant « non » individuellement. Être élu au suffrage universel pour exercer un mandat municipal, c’est en effet contribuer à endiguer la dictature des minorités agissantes pour protéger les invisibles et les silencieux et ceux qui croient encore au pacte de confiance démocratique. Cet engagement personnel trouve souvent son enracinement dans un socle de valeurs liées à une histoire personnelle et originelle, qu’elle soit militante, associative ou familiale. Mais elle se développe ensuite dans une forme de solitude parce que le pouvoir de la décision – et la responsabilité qui en découle – est quoi qu’on en dise ou voudrait en penser un exercice de solitude, qui, s’il est difficile, nourrit aussi un bonheur formidable, celui de servir en agissant et très concrètement en serrant dans des bras réconfortants une veuve esseulée, un enfant méritant ou un vieillard abandonné. Il trouve sa traduction tangible dans une relation permanente aux autres et ce qu’il faut sans doute retenir, à contre-courant de la disparition progressive et accélérée de l’éducation au risque propre à notre société, c’est bien ce pari permanent de l’autre qu’il convient d’affronter quotidiennement sans filtre.
Cela demande patience, endurance, humilité et ambition… et une très bonne forme physique. Si on peut choisir ses amis, on ne choisit pas ses administrés et, une fois élu, on est le maire de tous, que le chemin soit carrossable ou chaotique. Souvent fatigante, parfois usante, l’action publique au sein d’un mandat relève de ce qui est parfois appelé un « sacerdoce républicain ». Il nous honore autant qu’il nous oblige.

 

Agnès Le Brun, maire de Morlaix (29) (DVD)
Conseillère régionale de Bretagne
Vice présidente et porte-parole de l'Association des maires de France (AMF)

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