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Repères ignatiens / Repères ecclésiaux - Revue N°69 - Janvier 2021

Libres pour une sobriété concrète et heureuse

Comment vivre la sobriété heureuse dans une liberté intérieure, dans une société où tout pousse à la consommation, alors que nous avons au fond de nous un désir d’une vie en harmonie avec les hommes, la création et Dieu ? Jérôme Gué s.j. nous donne des pistes à l’école d’Ignace.


Depuis longtemps, je savais bien qu’il y avait quelque chose qui clochait. Déjà l’opulence d’une partie de notre pays à côté de la misère ici et là-bas. Puis la destruction de l’environnement, la nature blessée. Mais voilà, la vie continuait. Et puis il y a eu un déclic. Petit à petit au fil des ans, je suis entré dans un niveau de conscience de plus en plus profond, et une vie un peu plus simple.

Ce n’est pas une affaire de mauvaise conscience. En ce sens, l’encyclique Laudato si’ n’a rien de culpabilisant. Bien sûr il y a la conscience que cela ne va pas. Mais il y a le désir, au fond de nous, d’une harmonie entre les hommes, avec la Création et avec Dieu. Il y a ce projet de Dieu que
tout homme ait une place dans ce monde, maintenant et demain. Le royaume de Dieu, quoi. Alors, vivre la « sobriété heureuse », c’est se placer dans ce projet, en correspondance avec notre désir.

Mais voilà, nous sommes formatés par une société qui nous pousse dans une vie de consommation démesurée. « Formatés », le mot est faible. Complètement trempés, génétiquement modifiés, drogués ! Cette société joue sur nos besoins de reconnaissance sociale, de statut, de sécurité, sur le plaisir immédiat, le confort, la frénésie, etc. Pour s’en rendre compte, il est bon de prendre pour repère la vie rurale sous les tropiques ou bien celle de nos aînés il y a soixante ans. Le travail de déconstruction intérieure à faire est vaste !

C’est là qu’Ignace est intéressant. Il se battait beaucoup face à la recherche d’honneur et de richesse. « Il est nécessaire de nous rendre
indifférents à toutes choses créées, (…) de telle manière que nous ne voulions pas pour notre part, davantage la santé que la maladie, la richesse que la pauvreté, l’honneur que le déshonneur, (…) mais que nous choisissions uniquement ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés » (« Principe et Fondement » – Exercices spirituels, n°23). Je crois profondément à cette liberté intérieure, pour rejoindre notre désir profond. Elle est la condition d’une profonde conversion écologique et elle contribuera à l’aspect « heureux » de la sobriété.
 
 La sobriété n’est pas drôle pour les oubliés de la      société qui la subissent, ni pour les nantis, à qui on pourrait commencer à l’imposer, vu l’urgence climatique. Il y a plus subtil : vouloir adopter les marqueurs écolos pour être dans le vent, se distinguer et être reconnus par les autres. Cela fait des gens pas drôles non plus. Ignace lui, nous invite à rejoindre en liberté notre désir au fond de nous. Et cette liberté donne beaucoup de joie (Laudato si’ n°222-224).

Alors la « sobriété heureuse », comment faire ?

Je vous livre quelques conseils à partir de ma propre expérience.

Cultiver la connivence avec la nature. Le Cantique des créatures de François d’Assise est merveilleux. À force de m’émerveiller de soeur eau, j’ai plaisir à l’économiser. À force de louer Dieu pour soeur, notre mère la
terre, j’ai plaisir à lui rendre les épluchures en les mettant dans le lombricompost du balcon. Tous ces gestes à faire par amour, par
amour de la Création, par amour
de l’humanité (LS n°211).

Accepter d’y passer du temps.
Si ma vie n’est qu’une course où tout est fait pour économiser du temps, cela va être un peu compliqué (la « rapidación » – LS n°18). On prend bien du temps pour le sommeil, la douche, les repas. Et bien on prend du temps pour la planète. Selon les situations sociales ou personnelles,
on en fera juste un peu ou on pourra en faire plus. Il n’y a pas de miracle mais avançons, même à petits pas. Sauf qu’au final la vie se rééquilibre autrement. Autrefois, je prenais la voiture pour gagner du temps. Aujourd’hui, je prends le vélo et je fais du sport…, et je n’ai plus besoin de
faire 300 km en voiture pour une journée de rando dans les Pyrénées. La simplicité de vie aide à « sentir et goûter les choses intérieurement ». En cela elle est heureuse !

Changer d’habitudes. Cela m’a demandé un effort de me mettre au vélo. Pour m’y aider je mettais dans une tirelire le coût du trajet en voiture, au profit de projets en Inde. Maintenant c’est une habitude, l’effort est bien moindre. Un jour lorsque j’ai pris la voiture, après bien des mois,
j’avais l’impression de conduire un grand car vide… Notre mode de vie imprègne notre mental (LS n°107-108). Changer nos habitudes change notre mental. Et du coup la nouvelle habitude devient normale et heureuse.

Petit à petit ou d’un grand coup. Au fur et à mesure que la conscience du drame environnemental s’intègre en moi, la détermination grandit et les changements se font. Ce qui était possible avant (voyager en avion par exemple), ne l’est plus maintenant. Ce qui est possible aujourd’hui
ne le sera plus demain parce que j’aurai trouvé le chemin pour y arriver. Il n’y a pas de frustration, cela m’apparaît comme un plus grand bien. D’autres personnes, elles, quittent tout pour un projet plus radical.

Réduire le niveau de consommation. À chaque fois que je dois sortir ma carte bleue, je me demande si cela est vraiment nécessaire, si je peux m’en passer, s’il n’y a pas d’autres solutions. De temps en temps, je regarde aussi ma poubelle… Tout cela était-il nécessaire, comment aurais-je
pu faire autrement pour générer moins de déchets ?

Les confinements nous ont peut-être fait changer nos habitudes, expérimenter d’autres manières de vivre, réduire notre consommation et partager ce qui n’a pas été dépensé. C’est l’occasion de relire cela au prisme de la sobriété. Elle sera d’autant plus heureuse que nous serons habités par l’espérance, une espérance qui s’appuie sur la foi indéfectible de Dieu en l’homme : par sa passion et sa résurrection, le Christ nous a révélé que Dieu croit en l’homme, même au creux de sa violence, il croit en notre *capacité de nous redresser, d’aimer et de bâtir son Royaume.


Jérôme Gué s.j.
frère jésuite, délégué du provincial
de l’EOF (Europe OccidentaleFrancophone)
pour l’apostolat social.
À ce titre, il anime latransition écologique
dans la Province et ilest président du Ceras
(Centre de recherche et
d'action sociales).
Il anime aussi le réseauLoyola Formation,
réseau de centresde formation pour des
jeunes en difficulté

 
Pour changer concrètement son mode de vie : www.jesuites.com/fiches-ecojesuit/ ou www.cacommenceparmoi.org

Pour un enracinement spirituel :

Éric Charmetant et Jérôme Gué, Parcours spirituel pour une conversion écologique, l’appel de Laudato si’,
Éditions Vie chrétienne et Fidelité, 2020.
 
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