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Le sport et le virus

Le confinement nous a fait éprouver la vulnérabilité de notre corps et, en creux, combien celui-ci est porteur de notre dynamisme vital. Bouger, faire du sport est l’expression joyeuse de cet élan qui est aussi désir constant de dépassement. Marque d’une quête de sens à donner à sa vie, le sport peut aussi devenir addiction… Qu’est-ce alors qu’un véritable sportif ?


© Tomazl / iStock
 

Le 12 mars 2020, sans spectateurs en raison du coronavirus, alors que la Grèce a enregistré son premier mort le matin, la flamme olympique est allumée à Olympie. Elle commence son parcours qui doit la mener jusqu’au Japon, pour la cérémonie d’ouverture des jeux Olympiques à Tokyo le 24 juillet.

Le 24 mars, la décision de report en 2021 des 32e jeux Olympiques de l’ère moderne est annoncée au monde entier : un virus redoutable contraint le puissant Comité international olympique (CIO), les responsables politiques et les organisateurs nippons à mettre genou à terre.

Nous rêvions de vibrer devant les performances et records des « dieux du stade », ces « surhommes », et nous voilà dépouillés de l’outrecuidance de croire en un corps humain sans limites. Une réalité s’impose à nous : celle d’un corps fragile, celui de notre humanité dont chaque membre se voit aujourd’hui appelé à devenir davantage solidaire de l’autre.

Alors se révèle soudain pour chacun l’importance du rapport à son propre corps : masques, gants, distanciation s’imposent. Le corps d’autrui devient danger, lieu potentiel d’où sévit « l’adversaire ». La consigne de confinement s’étend, des barrières physiques s’érigent. La sensation d’une contention réveille le besoin de s’extraire, de bouger, de « faire du sport ». Car c’est par son corps que tout être révèle le dynamisme vital qui est en lui, signe d’une Création à l’œuvre qu’il lui appartient de conduire à son accomplissement par une hygiène de vie appropriée.

« Faire du sport », de l’effort à la joie

 Qu’il s’agisse d’une pratique de loisir où seul compte le plaisir immédiat d’une mobilisation libre et joyeuse de ses forces, sans souci de s’élever dans la hiérarchie sportive, ou d’une pratique plus structurée, soutenue par le désir de performance, l’activité sportive est un moyen privilégié de croissance et de développement de toute la personne. Elle est un lieu d’apprentissage du respect de la règle, de la solidarité ; elle ouvre à la rencontre loyale de l’adversaire. C’est dans la durée, par un lent et long travail d’entraînement, que les potentialités corporelles du sportif évoluent, indice d’une croissance, non seulement du corps, mais de l’être tout entier.

Il n’est pas d’activité sportive sans souci constant de dépassement. C’est là que s’ancre la recherche d’un « davantage » et la notion de record : dépasser l’autre, se dépasser soi-même dans le temps comme dans l’espace, dans la perspective, bien sûr illusoire, d’un dépassement infini.

Mais, à y regarder de près, n’estce pas la marque d’une quête de sens à donner à sa vie ? La performance n’est pas qu’un « mieux » en termes de millièmes de seconde ou dizaines de centimètres. Cela, c’est le signifiant, le tangible. Autre est le signifié : un élan de tout l’être, aspira tion à un idéal : être un champion, même tout petit. Pour y parvenir, c’est-à-dire vaincre, « se » vaincre, toutes les facultés motrices, sensorielles, mentales, tactiques sont concentrées vers l’objectif. L’accomplissement n’est pas qu’un aboutissement : il ouvre à de nouveaux dépassements.

Quel que soit le niveau de pratique, l’excitation sensorielle qu’engendre le mouvement est source de plaisir : plaisir de la dépense d’énergie physique, plaisir esthétique du beau geste, combiné avec la jouissance technique et tactique. Alors jaillit la joie !

Thierry Maulnier le décrit en ces termes : « La fin propre du sport n’est nulle part ailleurs qu’en lui même. Je veux dire que sa fin est dans le plaisir qu’il donne, le plaisir de se mouvoir et de respirer un peu plus divinement que ne le fait l’humanité dans l’ordinaire de ses démarches. »

Cette sensibilité aux sensations corporelles est à l’origine de la promotion d’activités comme les sports de glisse, le surf, le roller, le deltaplane, le parapente… au contact retrouvé de la nature.


Quand le sport devient virus

Mais la sensation de plaisir, voire d’euphorie, peut devenir une fin en soi. L’effort physique prolongé, comme le marathon, entraînant une sécrétion accrue d’endorphines, peut créer le besoin de courir encore et encore, jusqu’au risque d’addiction.

De même, la performance recherchée n’étant pas infinie, la tentation peut être grande de recourir à toutes sortes de supplétifs pour satisfaire une soif inassouvie de « toujours plus ». L’attrait récent pour la pratique de « sports extrêmes » reflète cette tendance de « maximisation ».

Le sportif (surtout de haut niveau) n’est pas à l’abri de tels écueils quand, à travers la recherche de l’exploit, le guettent l’illusion d’une toute-puissance ou l’obsession d’être le meilleur. C’est alors que le sport peut « infecter » de manière quasi « virale » celui qui s’y adonne et s’y soumet jusqu’à s’y perdre. Autant de chemins mortifères qui aliènent et menacent la santé.

Or, « à quoi sert à l’homme de gagner le monde entier, s’il ruine sa propre vie ? » (Mt 16,26).

Le véritable sportif est un passionné, prêt à des sacrifices pour un objectif plus grand que sa seule réussite. Persévérant dans l’effort, il lutte contre tout ce qui retient, pèse, alourdit, découvrant en son corps l’essence de la vie, don gratuit de la liberté.

Mais le défi le plus urgent à relever n’est-il pas, aujourd’hui, de résister à ces tentations dans l’acceptation de ses limites et de celles des autres, dans le respect d’une hygiène de vie et de sa santé ? C’est un chemin d’humilité, en même temps que d’affirmation de sa dignité. Là est sûrement la marque du vrai sportif.

Michèle Vallée, inspectrice générale honoraire de la Jeunesse et des Sports,
accompagnatrice au centre spirituel de Manrèse.



 

 

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