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Repères ignatiens / Repères ecclésiaux - Revue N°49 - Septembre 2017

La réforme a enrichi et appauvri l'Eglise

 

En quoi et comment les controverses d’hier ont-elles enrichi l’histoire et la foi ?
Michel Leplay
            Avant d’enrichir l’histoire et la foi, les controverses d’avant-hier
ont déchiré la communauté chrétienne occidentale. Car dans cette histoire de la Réforme,
notamment sous l’impulsion de Luther, il s’agit plus d’un avant-hier que d’un ‘hier’…
Esquissons un calendrier simplifié des siècles : à ceux de la Renaissance
et de la Réforme (inséparablement complémentaires) vont succéder les siècles
des Lumières et de la Révolution (fondateurs et déstabilisateurs).
Comme si après les guerres de religions, surtout en France,
il fallait découvrir et mettre en œuvre la tolérance, le pluralisme, une certaine gestion de la pluralité,
de Pierre Bayle à Voltaire, avec Rabaud Saint-Etienne demandant la liberté et non la tolérance :
il était l’héritier protestant de Luther :
« Le chrétien est un libre seigneur, sur tout, et il n’est soumis à personne. Le chrétien est un esclave asservi et il est soumis à tous » (1520).

Ainsi les « controverses d’hier » ne nous concernent-elles aujourd’hui qu’à travers leur traversée des siècles.
Comment répondre à la question de la pertinence actuelle de la Réforme,
sans séparer l’un de l’autre ses deux « patriarches », Luther, le moine augustin et Calvin,
le juriste français ?
Je répondrai d’une façon paradoxale :
la Réforme, luthérienne au départ et au cœur du protestantisme, a enrichi et appauvri l’Église !
Elle l’a enrichie par le rappel impératif de la grâce de Dieu,
du salut gratuit, sans aucun mérite de notre part, l’Evangile
comme vraie richesse au centre de la foi sans les œuvres,
car tout est grâce, le don gratuit de Dieu en Jésus-Christ.
Du coup l’Eglise romaine est appauvrie, non seulement des bénéfices acquis
par la vente des indulgences, mais symboliquement par le pouvoir mis en question
de la hiérarchie et de son pape subliminal.
Eglise pauvre et servante, pauvrette Eglise, avait dit le père Congar après Jean Calvin.
Ainsi les « controverses » d’hier sur la justification par la foi ont-elles enrichi
la foi ecclésiale et appauvri l’institution ecclésiastique …
Mais ces propos ont moins de pertinence qu’au XVI° siècle d’avant-hier
dans la mesure où l’évolution sociétale d’hier a favorisé la laïcité, minimisé le pouvoir des Eglises,
marginalisé parfois l’influence du christianisme sur l’évolution des mœurs.

Comment donc dans cette situation nouvelle dépasser nos anciennes controverses et rester des témoins et des acteurs de l’amour de Dieu ?


 
Comment, d’où vous êtes, le dialogue aujourd’hui continue-t-il pour chercher ensemble l’unité ?


Je déclinerai le programme et la promesse de l’unité « cherchée ensemble » sur trois registres :

D’abord nous avons vocation à dépasser le dialogue occidental
entre catholiques romains et protestants évangéliques
(je prends l’adjectif au sens luthérien initial et non dans son acception américaine contemporaine).
L’universalité du christianisme, et les Eglises protestantes convaincues de
l’unicité absolue de Jésus-Christ et de la Parole de Dieu qui lui rend témoignage …,
ce duel devenu dialogue nous convoque à une communion retrouvée,
après les excommunications entretenues.
Le meilleur signal en est donné par la Traduction Œcuménique de la Bible,
en attendant la célébration commune de l’eucharistie. « Parole et sacrement »,
comment passer du salon où l’on cause les uns avec les autres à la salle à manger, cette ‘chambre haute’ ?

Ensuite le XX° siècle aura été celui de l’accélération du dialogue au-delà de la rivalité entre protestants et catholiques.
De la Conférence missionnaire d’Edimbourg, en 1910,
pour tenter de rassembler les forces protestantes éparpillées,
à la convocation du Concile catholique de Vatican II pour mettre à jour
les antiquités chrétiennes, le monde aura vu se constituer et
progresser un Conseil œcuménique des Eglises :
lieu de ralliement des Eglises orthodoxes, anglicane, et protestantes,
luthéro-réformées, baptistes, méthodistes, etc.
Un immense travail théologique, un universel élan pastoral,
un souci pressent de « présence au monde moderne » pour promouvoir
la justice et la paix, pour combattre le racisme et la pauvreté.
Il n’y a pas d’unité spirituelle sans engagement temporel conséquent.

D’où, en troisième lieu, le dialogue à une vitesse supérieure entre les religions, et pas seulement à l’intérieur de chacune d’elles.
On fera bien entendu exception pour le Judaïsme qui n’est pas une « autre religion »,
mais la racine même et la source jamais tarie de notre christianisme.
Reste l’urgence difficile, mais prioritaire de comprendre l’Islam
dont beaucoup de fidèles habitent chez nous ; ou tout près.
Ce dialogue interreligieux sera-t-il facilité ou complexifié
par la cohabitation avec les religions asiatiques et la diversité du continent africain ?
Autrement dit, nos controverses surmontées d’hier et d’avant-hier,
malgré un certain ralentissement actuel, sauront-elles mettre à l’ordre du jour, encore une fois, l’universalité de l’Unique ?

 
Qu'est-ce que ces recherches vous ont-elles apporté ?

Ce que j’ai reçu est d’une telle richesse qu’il me faudrait du temps pour en parler.
On me permettra de dire que j’ai rassemblé et développé tout cela dans
une sorte de livre-testament justement intitulé La foi que j’aime le mieux.
Mais, pour faire court tout en disant l’essentiel, je donnerai là encore trois points de repère.

D’abord la découverte des richesses des autres Eglises et des divers courants du christianisme.
Ainsi l’autorité dans l’Eglise catholique romaine, qui se veut maternelle,
même si elle apparaît parfois comme un autoritarisme masculin !
Ou la divine liturgie orthodoxe, tellement intemporelle qu’elle est au final totalement actuelle,
ou mieux encore la liberté des protestantismes qui ne cesse de rappeler
qu’il y a « plusieurs demeures dans la maison du Père ».
Les thèses de Cullmann sur l’unité dans et par la diversité me semblent
la meilleure découverte religieuse dont le monde moderne a grand besoin.

Ensuite, une leçon d’humilité devant la bonne foi de nos partenaires
d’une autre Eglise ou d’une autre religion. Son laboratoire principal fut pour moi
pendant une quarantaine d’années le travail théologique entre catholiques et
protestants du Groupe des Dombes : depuis la question de 1968, Vers une même foi eucharistique ?,
jusqu’à la confession de l’an 2000, Pour la communion des Eglises

Enfin, sur la lancée du travail théologique du christianisme social,
« le commandement absolu de nous engager dans le relatif ».
C’est mettre fin aux solutions préconisées par nos deux grands Réformateurs :
les deux règnes, séparés, du magistrat et du pasteur selon Luther, ou,
au contraire avec Calvin, le règne de Dieu sur toute la cité terrestre.
Les conflits et les inimitiés, les persécutions et les pogroms auront
conduit les meilleurs de la soumission à la résistance, voire du conformisme à la révolte.
L’un se nommait, à grand renfort d’un humour imprévisible …, Martin-Luther-King.
Ce lutteur à la Luther fut un roi pauvre et vainqueur.

Ceci pour dire en conclusion que le Seigneur Jésus-Christ,
confessé par la foi de toute l’Eglise est aussi et toujours, le bon Sauveur des petits et des pauvres,
l’annonciateur du Royaume de Dieu qui est au milieu de nous, les hommes créés à son image.
Michel LEPLAY, pasteur

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